Bobo-Dioulasso face au défi de l’aménagement urbain : le foncier, une priorité pour structurer l’espace

La ville de Bobo-Dioulasso s’étend, ses quartiers se densifient. Mais derrière cette expansion, une question fondamentale se pose : comment organiser l’espace urbain pour que chacun puisse avoir un toit et des conditions de vie décentes ? Le traitement du passif foncier est une réponse, mais elle est loin d’être suffisante pour relever les défis de la croissance urbaine.

Cérémonie officielle de lancement des travaux d’implantation parcellaire du site de Kouakoualé, dans l’Arrondissement 5 de Bobo-Dioulasso le 07 avril 2026. Elle a marquée le passage à l’action concrète pour les populations locales.

À l’Arrondissement 5 de Bobo-Dioulasso, un vaste chantier est en cours. Le site de Kouakoualé, d’une superficie d’environ 1 884 hectares, a été identifié pour accueillir la phase pilote du Programme de restructuration des zones d’habitat spontané et d’apurement du passif du foncier urbain (PRO-REST-APUR).

Près de 19 000 parcelles, dont 1 884 à usage commercial, devraient y être aménagées . Une opération d’envergure qui, selon les autorités, doit permettre de résoudre des conflits fonciers qui fragilisent la cohésion sociale depuis des décennies .

Un laboratoire à grande échelle

Agents du ministère de la Construction de la Patrie et représentants de la mairie lors de l’opération de dénombrement des ménages à Kouakoualé, pour une base de données fiable avant les attributions définitives.

L’Arrondissement 5 de Bobo-Dioulasso est devenu, comme l’Arrondissement 7 de Ouagadougou, un véritable laboratoire de l’apurement foncier . Les acteurs locaux, sous l’impulsion du ministère de la Construction de la Patrie, ont multiplié les étapes : identification des bénéficiaires, mobilisation des terres, validation du plan d’aménagement par la Commission communale d’urbanisme et de construction (CCUC) le 23 mars 2026, puis le lancement de l’implantation parcellaire le 7 avril 2026.

« L’arrondissement 5 est devenu un véritable laboratoire de solutions », s’est félicité Solimane Ahmed Ouattara, Directeur général de l’Urbanisme et Coordonnateur du PRO-REST-APUR . Une réussite qui attire l’attention au niveau national, certaines délégations venant de Ouagadougou pour s’inspirer de l’expérience bobolaise .

Des défis persistants et des tensions

Échanges entre les autorités municipales et les populations des zones concernées par l’apurement foncier, dans l’Arrondissement 5 de Bobo-Dioulasso | 07 avril 2026 | © GUIRIKO INFO

Mais le processus n’est pas exempt de difficultés. En mai 2026, le Président de la Délégation spéciale de l’Arrondissement 5, Yoma Étienne Bako, a dû rappeler à l’ordre les propriétaires terriens qui continuaient à labourer et cultiver sur le domaine déjà borné, menaçant de compromettre les travaux techniques réalisés . «Les cultures pratiquées dans la zone implantée pourraient être purement et simplement détruites» prévenait un communiqué de la délégation spéciale de l’arrondissement 5 de Bobo-Dioulasso.

Au-delà de Kouakoualé, d’autres zones sont concernées par l’apurement du passif foncier. Près de 1 800 hectares supplémentaires sont dans le viseur des autorités pour résorber le passif foncier urbain . Les associations de défense du droit au logement et les organisations citoyennes plaident pour une résolution rapide de ce passif qui pèse sur les populations depuis trop longtemps.

Une question de justice sociale et de cohésion

Pour les milliers de familles qui occupent des terrains sans titre depuis des années, parfois des décennies, la régularisation foncière est l’espoir d’une sécurité et d’une vie digne. © Guiriko Info

La résolution du passif foncier à Bobo-Dioulasso est bien plus qu’une question technique. C’est un enjeu de justice sociale et de cohésion territoriale. Pour les milliers de familles qui occupent des terrains sans titre depuis des années, parfois des décennies, la régularisation est une attente vitale. C’est l’espoir d’une sécurité, d’un toit et d’une vie digne.

Les autorités affichent leur détermination : transparence, équité et célérité sont les maîtres-mots du processus . Mais le chemin est long. L’apurement du passif foncier à Bobo-Dioulasso est une course de fond qui nécessite la mobilisation de tous les acteurs : État, collectivités, services techniques, autorités coutumières et, bien sûr, les populations.

Reste à savoir si le modèle pilote de l’Arrondissement 5 pourra être dupliqué à l’ensemble des zones non loties de la ville, dans un contexte de forte pression démographique et de croissance urbaine accélérée.

T.A.A.O

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