Derrière la façade familière de la gare ferroviaire de Bobo-Dioulasso se cache un lieu que beaucoup de Burkinabè ignorent encore. À l’intérieur des installations de la Société internationale de transport africain par rail (SITARAIL), un musée retrace plus d’un siècle d’histoire ferroviaire, depuis les premiers projets de construction de la ligne Abidjan–Ouagadougou–Kaya jusqu’au rôle joué par les cheminots et les autorités coutumières dans l’édification de ce réseau qui demeure aujourd’hui l’un des derniers grands corridors ferroviaires historiques encore en exploitation en Afrique de l’Ouest.

La rédaction de Guiriko Info s’y est rendue pour une visite guidée conduite par M. Mathieu Soubeïga, responsable Communication et Relations presse de la SITARAIL pour le Burkina Faso et la Côte d’Ivoire.
Dès l’entrée du musée, le visiteur comprend que ce musée ne raconte pas seulement l’histoire d’un train. Il retrace une aventure humaine, économique et politique qui a profondément marqué le développement du Burkina Faso et de la sous-région.
Au cœur de la gare, un voyage dans plus d’un siècle d’histoire ferroviaire
Photographies d’époque, documents d’archives, correspondances administratives, objets ferroviaires et témoignages historiques jalonnent le parcours. Au fil de la visite, les explications mettent en lumière les longues négociations qui ont précédé la réalisation du chemin de fer ainsi que l’implication de plusieurs autorités traditionnelles, notamment le Mogho Naaba Koom et le Mogho Naaba Saaga, dont les interventions ont contribué à influencer le tracé définitif de la ligne traversant aujourd’hui le Burkina Faso.
Des archives qui racontent la naissance du rail ouest-africain

Le parcours muséal retrace également l’évolution institutionnelle du chemin de fer en Afrique de l’Ouest, depuis la Régie Abidjan-Niger (RAN) jusqu’à l’actuelle SITARAIL, en passant par la période de gestion séparée entre les réseaux ivoirien et burkinabè. Les visiteurs y découvrent une galerie consacrée aux principaux dirigeants qui ont marqué ces différentes étapes, du premier directeur de la RAN, M. Moudaille, nommé en 1903, à Kouakou Paul Yao, directeur de la Société ivoirienne des chemins de fer en 1989, ainsi qu’à Grégoire Boboré Bado, alors à la tête de la Société des chemins de fer du Burkina.
Le parcours se poursuit jusqu’à la création de la SITARAIL en 1995 avec son premier directeur général, Abdel Aziz Thiam, illustrant ainsi plus d’un siècle d’évolution de l’administration ferroviaire sur le corridor Abidjan–Ouagadougou–Kaya.
Préserver la mémoire des cheminots et transmettre un héritage

Pour M. Mathieu Soubeiga, la création de ce musée répond avant tout à un devoir de mémoire.
« Le musée a été créé en 2010 à l’occasion de la célébration du cinquantenaire de l’indépendance à Bobo-Dioulasso. À travers sa création, SITARAIL a voulu pérenniser et rendre hommage aux anciens cheminots ainsi qu’à tous les acteurs qui ont œuvré à la réalisation du réseau ferroviaire Abidjan–Ouagadougou–Kaya », explique-t-il.»
Au-delà de la conservation des archives, le musée entend également transmettre aux nouvelles générations une page importante de l’histoire nationale. Les visiteurs peuvent notamment découvrir les échanges de courriers ayant accompagné les discussions autour du tracé du chemin de fer, offrant un éclairage rare sur les choix qui ont façonné cette infrastructure.
« Chez nous, on dit toujours : Cheminot un jour, cheminot toujours. Un cheminot ne se conjugue jamais au passé », souligne M. Soubeiga, rappelant que ce lieu constitue avant tout un hommage à celles et ceux qui ont construit et fait vivre le rail.
Cette immersion permet également de mesurer la singularité de cette infrastructure ferroviaire. Selon les explications fournies au cours de la visite, la ligne Abidjan–Ouagadougou–Kaya demeure aujourd’hui le seul réseau ferroviaire construit à cette période en Afrique de l’Ouest et en Afrique subsaharienne à être toujours en exploitation. Une longévité qui témoigne de son importance historique, économique et stratégique pour les territoires qu’elle relie.
Un musée devenu un espace d’apprentissage et de recherche

Loin d’être un simple espace d’exposition, le musée s’est progressivement imposé comme un véritable outil de transmission du patrimoine. Il figure régulièrement parmi les circuits touristiques officiels de la Semaine nationale de la culture (SNC). Selon M. Soubeiga, la dernière édition a enregistré plus de mille (1000) visiteurs répartis en trois rotations.
Cette vocation pédagogique est également renforcée par le programme « SITARAIL School Days », à travers lequel plusieurs milliers d’élèves et d’étudiants sont accueillis chaque année pour découvrir les métiers du rail et l’histoire du réseau ferroviaire. Cette initiative, lancée par l’entreprise, s’inscrit dans sa politique d’ouverture au monde scolaire et universitaire.
Le musée attire également des chercheurs, des étudiants en fin de cycle et des doctorants qui y trouvent une documentation utile à leurs travaux académiques.
Faire découvrir un patrimoine encore méconnu des Bobolais

Pour le responsable Communication de la SITARAIL, il reste néanmoins un important travail de sensibilisation à mener.
« Beaucoup connaissent la façade de la gare, mais ignorent qu’il existe, à l’intérieur, un véritable trésor patrimonial. Ce musée appartient à tous. Il suffit d’en faire la demande pour le visiter. Nous souhaitons que les populations se l’approprient. »
Cette volonté de valoriser le patrimoine ferroviaire s’inscrit dans une démarche plus large portée par la SITARAIL, qui multiplie depuis plusieurs années les initiatives en faveur de la conservation de la mémoire du rail, notamment à travers son musée, ses activités éducatives et son soutien à des projets de valorisation historique.
Une mémoire ferroviaire toujours en mouvement
Au terme de cette immersion, une évidence s’impose : le musée ferroviaire de Bobo-Dioulasso ne conserve pas uniquement des objets anciens. Il préserve la mémoire d’une infrastructure qui a accompagné l’histoire économique, sociale et humaine du Burkina Faso et de la sous-région. Une mémoire toujours vivante, que la SITARAIL entend transmettre aux générations présentes et futures.
Tegawendé A.A.O

