« Nous croyons que la vie a été créée scientifiquement par des extraterrestres » : immersion au cœur du mouvement raélien à Bobo-Dioulasso

Rien, à première vue, ne laisse imaginer que ce lieu accueille l’un des mouvements les plus atypiques présents au Burkina Faso. Pourtant, chaque dimanche matin, à ce même endroit, à partir de 10 heures, des hommes et des femmes s’y retrouvent autour d’une conviction qui déroute autant qu’elle intrigue : selon eux, l’humanité n’aurait pas été créée par un dieu surnaturel, mais par une civilisation extraterrestre scientifiquement beaucoup plus avancée.

Nous sommes au centre raélien de Bobo-Dioulasso.

Depuis plusieurs décennies, cette communauté se réunit dans une relative discrétion. Peu présente dans le débat public, elle revendique pourtant une implantation ancienne au Burkina Faso. Son porte-parole, Sié Benoît Da, guide-évêque du mouvement raélien, reçoit Guiriko Info pour expliquer une philosophie qui bouscule les conceptions traditionnelles de l’origine de la vie.

Pour les raéliens, tout commence avec les Élohim.

« Pour nous, toute la vie sur Terre a été créée scientifiquement en laboratoire par des extraterrestres venus du ciel appelés Élohim », explique le guide. Selon lui, ces êtres auraient utilisé l’ADN pour créer les plantes, les animaux puis l’être humain, avant de quitter la Terre après avoir confié son évolution à une succession de prophètes.

Dans cette lecture de l’histoire de l’humanité, Moïse, Jésus, Mahomet, Bouddha ou encore Confucius ne seraient pas les fondateurs de religions différentes mais les messagers successifs d’un même enseignement destiné à accompagner progressivement l’humanité.

Le dernier d’entre eux serait Raël.

Le mouvement considère son fondateur comme le dernier messager annoncé par les précédents prophètes. Pour les chrétiens, disent ses adeptes, il correspondrait au Paraclet ; pour les musulmans, au Mahdi ; pour les bouddhistes, au nouveau Bouddha d’Occident. Une interprétation qui s’éloigne radicalement des doctrines des religions concernées, mais que les membres du mouvement assument pleinement.

Une présence ancienne au Burkina Faso

Contrairement à l’image d’un mouvement récemment apparu, le raélisme affirme être implanté au Burkina Faso depuis 1980.

Selon Sié Benoît Da, le récépissé de reconnaissance du mouvement a été délivré en janvier de cette année-là. Aujourd’hui, il estime à plus d’un millier le nombre de personnes ayant effectué ce que le mouvement appelle la « transmission du plan cellulaire », l’équivalent du baptême chez les raéliens. Les membres véritablement actifs seraient cependant beaucoup moins nombreux, avec environ une centaine de fidèles participant régulièrement aux activités du centre de Bobo-Dioulasso.

Chaque dimanche, les adeptes se réunissent pour étudier les enseignements de Raël, pratiquer la méditation sensuelle et une « tentative de communication télépathique », présentée comme une forme de prière tournée vers les Élohim.

Le mouvement célèbre également quatre grandes fêtes annuelles, liées à son calendrier spirituel, dont le premier dimanche du mois d’avril, considéré comme l’anniversaire de la création du premier être humain, et le 6 août, présenté comme l’entrée de l’humanité dans « l’âge de l’Apocalypse », au sens de révélation.

Une autre lecture des religions

L’un des aspects les plus singuliers du discours raélien réside dans sa manière d’interpréter les grandes religions.

Pour son porte-parole, il ne s’agit pas de croyances concurrentes mais de différentes classes d’une même école. Chaque religion représenterait une étape de l’évolution de l’humanité, adaptée à son époque, tandis que le mouvement raélien constituerait la dernière étape de cet apprentissage spirituel.

Cette vision conduit les responsables du mouvement à affirmer qu’ils peuvent dialoguer avec des croyants de différentes confessions en s’appuyant sur leurs propres textes sacrés.

Dans la pratique, ils disent également participer à des cadres de dialogue interreligieux au Burkina Faso afin de promouvoir l’harmonie entre les communautés religieuses.

« Les extraterrestres ne sont pas nos ennemis »

À rebours des représentations populaires véhiculées par de nombreux films de science-fiction, les raéliens rejettent l’idée d’extraterrestres hostiles.

Selon Sié Benoît Da, une civilisation capable de voyager jusqu’à la Terre aurait nécessairement dépassé toute forme de violence.

« Une humanité qui n’a pas vaincu son agressivité ne peut pas sortir de son système planétaire », soutient-il, estimant que les Élohim viendraient non pour envahir la Terre mais pour accompagner l’humanité dans son évolution.

Cette conviction nourrit l’un des principaux projets du mouvement : la construction d’une ambassade destinée, selon ses membres, à accueillir officiellement les Élohim lors de leur retour sur Terre.

Entre spiritualité et engagement citoyen

Au-delà de ses convictions spirituelles, le mouvement affirme placer le bonheur, la non-violence et la paix au cœur de son action.

À la fin de notre entretien, son porte-parole lance un appel à l’amour entre les peuples et estime que les divisions constituent le principal obstacle au progrès de l’humanité.

Il évoque également la distinction honorifique décernée par Raël au Président du Faso, le Capitaine Ibrahim Traoré, que le mouvement présente comme un « Guide honoraire de l’humanité », tout en affirmant soutenir les initiatives qu’il juge favorables à la souveraineté des peuples africains.

Un mouvement qui continue d’interroger

Longtemps resté confidentiel au Burkina Faso, le mouvement raélien continue de susciter curiosité, interrogations et parfois incompréhension. Ses conceptions de l’origine de la vie, de la religion et de la place de la science rompent avec les croyances majoritaires du pays.

Pour autant, ses responsables revendiquent un message centré sur la paix, le dialogue et le bonheur humain. Une philosophie singulière qui, qu’on y adhère ou non, témoigne de la diversité des courants spirituels présents aujourd’hui au Burkina Faso.

GUIRIKO INFO | La voix du grand ouest !

Laisser un commentaire

Les temps forts de la semaine

Éducation : 37,9 milliards FCFA pour 17 complexes scolaires et 2 lycées professionnels

Le Conseil des ministres du jeudi 23 juillet 2026...

COMPTE RENDU DU CONSEIL DES MINISTRES DU JEUDI 23 JUILLET 2026

COMPTE RENDU DU CONSEIL DES MINISTRES DU JEUDI 23...

Banfora : un cultivateur arrêté pour vol de bétail après une tentative de récidive

Un cultivateur de 30 ans, résidant à Banfora, a...

SOPAMIB Bouboulou : plus de 200 millions FCFA investis pour désenclaver les communautés riveraines

La SOPAMIB Bouboulou SA, filiale de la Société de...

Thématiques

Articles similaires

Rubriques les plus consultées