Il suffit parfois d’une bassine posée au bord d’une rue pour comprendre que la saison du chitoumou a commencé. À Bobo-Dioulasso, ces petites chenilles de karité, qui apparaissent chaque année avec la saison des pluies, ne sont pas seulement des « stars » de la gastronomie locale. Derrière les étals qui fleurissent sur les marchés et au bord des routes, ce sont des femmes qui transforment cette saison en opportunité économique, aussi fragile que prometteuse.
Une activité qui rythme la saison des pluies
Pendant la saison des pluies, généralement entre juillet et septembre, le chitoumou est abondant sur les marchés de Bobo-Dioulasso et des localités environnantes. Les femmes partent très tôt le matin dans les villages pour ramasser les chenilles au pied des karités, parfois dès 06 heures du matin, avant de revenir les commercialiser dans la capitale économique.

En début de saison, lorsque le produit est encore rare, la boîte de chitoumou peut se vendre jusqu’à 5 000 FCFA. Une vendeuse peut alors gagner entre 2 500 et 35 000 FCFA par jour, selon la période et l’affluence des clients. « C’est notre saison forte », confie Ramatou Traoré, vendeuse depuis plus de dix ans. « En une bonne semaine, je peux vendre jusqu’à 45 000 francs de chitoumou. Ce sont des revenus que je n’ai pas le reste de l’année ».
Une économie qui s’ajuste entre frais et sec
Le chitoumou se décline en deux versions. Frais, il est vendu en boîtes de tomate, avec des prix qui évoluent au fil de la saison. Au début, quand il est encore rare, la boîte peut atteindre 2 500 ou 3 000 FCFA. En pleine saison d’abondance, le prix peut descendre à 1000 ou 1500 FCFA. Une variation qui oblige les vendeuses à s’adapter au jour le jour. « Le prix de la boîte de chitoumou varie du matin au soir », explique une commerçante.

À cela s’ajoute la version séchée, qui permet de conserver le produit au-delà de la saison. Séché et emballé, le chitoumou peut se vendre jusqu’à 5 000 FCFA la boîte, bien après la fin des pluies. Une manière pour les vendeuses de prolonger leur activité et de répondre à la demande des consommateurs qui en raffolent toute l’année.
Des revenus modestes, mais une utilité réelle
Pour ces femmes, une journée de vente peut permettre de disposer d’un revenu supplémentaire, de contribuer aux dépenses du ménage ou de financer certaines charges personnelles. « Grâce au chitoumou chaque saison je fais beaucoup de bénéfice pour pouvoir aider mon mari et mes enfants qui vont à l’école », explique Alimata Sanon, vendeuse au marché de Belleville.
D’autres parviennent à économiser pour construire une chambre ou soutenir leur famille au village.
Dans une économie où une grande partie des activités génératrices de revenus repose encore sur le petit commerce, ces revenus, même modestes, ont leur importance. « Ce n’est pas forcément beaucoup, mais quand on vend chaque jour, cela aide pour certaines dépenses », confie une vendeuse.
Au-delà de l’assiette, une question de valeur

Le chitoumou, riche en protéines (environ 53g pour 100g de produit sec), en fer, en magnésium et en vitamines, est une alternative précieuse à la viande.
Le regain d’intérêt pour ce produit est visible, avec une clientèle qui se diversifie et des initiatives comme la « Fête du chitoumou » à Bobo-Dioulasso, qui célèbre chaque année cette chenille devenue un symbole de la culture et de l’économie locale. Des étudiants innovent même en transformant le chitoumou en chips croustillantes, élargissant encore le marché.
À Bobo-Dioulasso, l’économie locale ne se construit pas uniquement dans les grandes entreprises ou les unités industrielles. Elle se construit aussi dans ces activités modestes, parfois invisibles dans les statistiques, mais bien présentes dans la vie quotidienne des ménages.
GUIRIKO INFO

