Libertés religieuses : à Bobo-Dioulasso, les citoyens appellent à une application mesurée

Adoptée à l’unanimité le 20 juin dernier, la loi sur les libertés religieuses recueille déjà l’assentiment des populations dans les quartiers de Bobo-Dioulasso. Si les citoyens saluent un texte qu’ils jugent nécessaire pour encadrer les pratiques religieuses et protéger les plus vulnérables, ils craignent aussi une application trop brutale qui pourrait semer l’incompréhension. 

Une équipe de Guiriko Info s’est rendue dans quelques artères de la capitale économique, ce lundi 22 juin 2026 pour recueillir quelques avis. Entre adhésion et appels à une application progressive, tous insistent sur un point : la vulgarisation sera décisive.

La nouvelle loi, composée de 110 articles, vient combler un vide juridique dans l’encadrement du fait religieux au Burkina Faso. Elle vise à garantir la liberté de religion tout en renforçant l’ordre public, la cohésion sociale et le vivre-ensemble.

Parmi ses principales dispositions figurent la protection des personnes vulnérables contre toute forme d’exploitation liée à la religion, le contrôle des prédications des intervenants étrangers, ainsi qu’un recensement national des édifices religieux.

« Il faut du courage pour que cette loi aboutisse »

Lamoussa DABONÉ

Dans les artères de la ville, les citoyens rencontrés saluent pour la plupart l’initiative, tout en appelant à la prudence dans sa mise en œuvre. Lamoussa Daboné, rencontré au quartier kôkô, estime que cette loi répond à des réalités vécues au quotidien dans les communautés. « Il faut du courage pour que cette loi aboutisse, parce que nous vivons la réalité dans nos sociétés », confie-t-il.

Il dit faire confiance aux autorités et invite les responsables coutumiers et religieux à accompagner sa mise en œuvre dans l’intérêt du vivre-ensemble. Pour lui, le texte arrive à point nommé pour corriger certaines dérives observées ces dernières années.

Claude BAMA

Claude Bama, un autre habitant de la ville, voit dans cette loi une opportunité de clarifier les responsabilités de chacun dans l’exercice de sa religion. « J’espère que grâce à cette loi chacun saura quoi faire et quoi ne pas faire», dit-il, avant d’ajouter : « Quand on parle au nom de Dieu ou d’Allah, il faut prêcher l’amour du prochain ».

Il estime que l’appropriation de la loi passera nécessairement par des actions de sensibilisation destinées aussi bien aux leaders religieux qu’aux populations. Selon lui, sans une bonne compréhension du texte, celui-ci risque d’être mal interprété.

« Une application progressive et modérée »

El Hadj Boureima BELEM

Même son de cloche chez El Hadj Belem Boureima. S’il considère cette loi comme une initiative bienvenue pour mieux encadrer les pratiques religieuses, il appelle à une application progressive du texte. « Je souhaiterais que dans l’application, on aille avec modération », recommande-t-il, suggérant des campagnes d’information dans plusieurs langues pour toucher toutes les communautés.

Il craint qu’une application trop brutale ne suscite des incompréhensions ou des résistances au sein des communautés religieuses.

Des attentes fortes en matière de vulgarisation

Séance plénière de l’Assemblée législative du Peuple du Burkina Faso, adoption de la loi sur les libertés religieuses, Ouagadougou, 20 juin 2026, Ministre Émile Zerbo

Au-delà de leurs sensibilités respectives, les personnes interrogées convergent sur un point : la réussite de cette réforme dépendra autant de son contenu que de la capacité des autorités à la faire connaître et comprendre auprès des populations.

Plusieurs ont souligné l’importance de traduire le texte dans les langues nationales et d’organiser des rencontres d’échanges avec les leaders religieux pour faciliter son appropriation.

Les recommandations formulées par la Commission des affaires générales de l’ALP, qui plaide pour une large vulgarisation du texte, rejoignent les préoccupations exprimées par les citoyens. Le ministre d’État Émile Zerbo a lui-même annoncé des actions de sensibilisation en langues nationales.

À Bobo-Dioulasso, ville où cohabitent depuis des siècles musulmans, chrétiens et adeptes des religions traditionnelles, le débat est lancé. La réussite de cette réforme dépendra autant de son contenu que de la capacité des autorités à la faire connaître et comprendre auprès des populations.

T.A.A.O

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