
Ils sont sur le front de la traque, mais rarement sous les projecteurs. Les agents de la Coordination nationale de lutte contre la fraude (CNLF) se sont retrouvés, le temps d’une assemblée générale, pour évaluer leurs actions, renouveler leurs instances internes et, surtout, rappeler que derrière les chiffres, il y a des hommes. La rencontre s’est tenue ce vendredi 19 juin 2026, à la Chambre de Commerce de Bobo-Dioulasso.

L’ordre du jour était dense, mais le ton a été donné dès l’ouverture par le Coordonnateur national, le Dr Mohamadi Compaoré. Face à ses agents, il a rappelé la singularité de leur engagement. « Faire partie du personnel de la CNLF, ce n’est pas simplement exercer un métier ; c’est porter un sacerdoce. C’est faire le choix de se dresser, parfois au péril de son intégrité physique, contre des pratiques qui minent l’avenir de notre nation. »
La formule résume l’esprit qui anime cette institution de l’ombre, dont les agents traquent chaque jour les circuits frauduleux qui gangrènent l’économie nationale.
Des résultats encourageants, mais des défis persistants

Sur le plan des performances, les chiffres livrés sont encourageants. Au 15 juin 2026, la CNLF affiche un taux global d’exécution de 85 % de son programme d’activités. Un résultat solide, même si certaines actions, engagées au deuxième trimestre, ne seront pleinement achevées qu’au troisième.
Les responsables de services ont tour à tour exposé leurs difficultés : circuits frauduleux de plus en plus sophistiqués, pression sur les effectifs, complexité des dossiers traités.
Mais au-delà des indicateurs, c’est une réalité humaine qui s’est imposée dans les débats. L’isolement des agents sur le terrain, les risques physiques, le poids psychologique des missions : plusieurs témoignages ont fait écho à une même aspiration, celle de ne pas être réduits à des exécutants.
Renouveler les instances pour mieux se protéger

Deux chantiers majeurs ont marqué l’assemblée : le renouvellement de la Cellule sociale et celui du Comité anti-corruption (CAC). Des instances souvent discrètes, mais essentielles à la cohésion interne.
Sur la Cellule sociale, le Coordonnateur a été sans équivoque : « On ne peut demander à des hommes et des femmes de mener une guerre sans merci contre la fraude si nous ne prenons pas soin d’eux lorsqu’ils trébuchent ou lorsque la vie les frappe. »
Derrière cette déclaration, des besoins concrets : soutien aux agents en difficulté (problèmes de santé, logement, situations familiales critiques), renforcement des dispositifs de solidarité interne.
Quant au Comité anti-corruption, son renouvellement intervient dans un contexte politique sensible. « Pour être crédibles aux yeux du peuple, surtout dans ce contexte de Révolution Progressiste et Populaire, nous nous devons d’être irréprochables », a martelé le Dr Compaoré.
Un message adressé aux futurs membres du CAC, qui devront incarner l’exemplarité. « Le CAC n’est pas un simple outil de surveillance froide ; c’est le gardien de notre âme institutionnelle. »
Au-delà des chiffres, une fraternité à recréer

La séance des divers a offert une tribune libre aux agents, souvent cantonnés à un rôle d’exécution. Plusieurs témoignages ont fait état d’un sentiment d’isolement sur le terrain, renforçant la nécessité de recréer du lien entre les différents services.

Le Coordonnateur a conclu sur une note d’espoir : « Que cette journée de travail à Bobo-Dioulasso ne soit pas une simple routine administrative, mais un moment de communion, de ressourcement et de fraternité retrouvée. En renouvelant nos instances et en évaluant nos actions, nous renouvelons surtout notre promesse envers notre patrie. »
L’assemblée s’achève sur cette promesse, alors que les équipes repartent avec des objectifs clairs : renforcer l’efficacité sur le terrain, consolider l’éthique interne, et mieux protéger celles et ceux qui mènent ce combat quotidien.
La rédaction

