Marigot Houet : mémoire vivante de Sya face aux défis de la ville moderne

Le bruit de l’eau se mêle aux chants des oiseaux. Sous les grands arbres qui bordent le marigot Houet, quelques fidèles viennent encore se recueillir, tandis que des passants traversent sans forcément mesurer toute la portée historique et spirituelle de ce cours d’eau.

Pourtant, ici, au cœur de Bobo-Dioulasso, le marigot Houet est bien plus qu’un simple cours d’eau. Il est un lieu de mémoire, de croyances et d’identité collective. Pour de nombreux habitants, notamment au sein de la communauté bôbô, son histoire se confond avec celle de Sya, l’ancien nom de la ville.

Guidée par Zackaria Sanou, président de l’Association des jeunes notables de Karama et vice-président de l’Association des jeunes coutumiers de Sya, l’équipe de Guiriko Info a remonté le fil d’un récit transmis depuis plusieurs générations.

Un cours d’eau au cœur de l’histoire de Sya

Zackaria SANOU, président de l’association des jeunes notables de Karama, Vice président de l’association des jeunes coutumiers de Sya- 10 juin 2026

Selon Zackaria Sanou, le marigot Houet traverse l’ensemble de la ville de Bobo-Dioulasso. Sa source se situe à Dafra, à environ huit kilomètres du centre-ville, avant de poursuivre son parcours jusqu’à Banakélédaga.

L’histoire du peuplement de Sya est intimement liée à ce cours d’eau. Selon les récits transmis de génération en génération, les ancêtres auraient reçu en rêve l’indication que la paix et la prospérité se trouvaient entre deux rivières : le Houet et le Sanion.

« Nous avons été installés entre ces deux cours d’eau parce que les anciens avaient reçu le message que la paix se trouvait à cet endroit », explique-t-il.

Cette relation particulière entre les populations et le marigot a progressivement façonné l’identité même de la cité.

L’origine de la sacralité du marigot

L’intérieur du marigot Houet travers le village de Dioulassobâ

Pour les communautés bôbôs, le caractère sacré du Houet trouve son origine dans un récit ancestral.

Selon Zackaria Sanou, un ancien sage du village serait parti un jour à la chasse avec ses enfants. Épuisé, sans nourriture ni eau, il aurait demandé à ses compagnons de retourner au village chercher de quoi survivre.

Resté seul, il aurait alors prié avant de se sacrifier dans les eaux du marigot.

Depuis lors, l’eau et les êtres vivants qui peuplent le cours d’eau sont considérés comme sacrés.

« L’eau et tout ce qui s’y trouve sont sacrés pour nous, les Bôbôs, mais aussi pour tous ceux qui vivent à Sya », affirme M. Sanou.

Cette croyance explique notamment l’attachement particulier porté aux poissons du marigot, notamment les célèbres silures sacrés.

« Tous les poissons qui vivent dans le marigot sont considérés comme nos ancêtres », ajoute-t-il.

Un lieu de prières et de bénédictions

Zackaria SANOU, président de l’association des jeunes notables de Karama, Vice président de l’association des jeunes coutumiers de Sya | 10 juin 2026

Au fil du temps, le marigot Houet est devenu un espace de spiritualité où se déroulent sacrifices, rites traditionnels et prières.

De sa source jusqu’aux différents points traversant la ville, de nombreuses personnes continuent d’y accomplir des cérémonies coutumières.

« Ceux qui viennent avec de bonnes intentions et qui formulent des demandes obtiennent souvent ce qu’ils recherchent », soutient Zackaria Sanou.

Certaines règles traditionnelles demeurent également en vigueur afin de préserver le caractère sacré du lieu.

Parmi les interdits évoqués figurent notamment l’introduction volontaire d’objets de couleur rouge dans le marigot ou encore la descente de marmites dans ses eaux, particulièrement au niveau de la source.

Un patrimoine fragilisé par l’urbanisation

Mais derrière cette dimension spirituelle se cache une réalité plus préoccupante.

Pour Zackaria Sanou, le marigot Houet n’est plus celui qu’il a connu durant son enfance.

« Quand nous étions enfants, le marigot était propre. Aujourd’hui, avec l’essor de la ville, l’augmentation de la population et le développement des activités industrielles, il se dégrade progressivement », regrette-t-il.

Le responsable coutumier cite notamment les déchets ménagers, certaines pratiques d’assainissement inappropriées ainsi que les rejets industriels qui affectent la qualité de l’eau.

Il estime que plusieurs espèces de poissons sont aujourd’hui menacées par cette pollution grandissante.

« Les produits chimiques rejetés par certaines industries contribuent à la disparition des poissons sacrés », déplore-t-il.

Un appel à la responsabilité collective

Zackaria SANOU, président de l’association des jeunes notables de Karama, Vice président de l’association des jeunes coutumiers de Sya

Face à cette situation, Zackaria Sanou appelle à une mobilisation de l’ensemble des acteurs.

Il invite les autorités à renforcer les actions de protection et d’entretien du marigot, tout en sensibilisant davantage les populations sur son importance culturelle, historique et environnementale.

Il lance également un appel aux entreprises et aux unités industrielles afin qu’elles limitent les rejets susceptibles de dégrader davantage cet écosystème.

Pour lui, préserver le marigot Houet revient à préserver une partie essentielle de l’identité de Bobo-Dioulasso.

« Le marigot représente beaucoup pour les Bôbôs et pour tous les habitants de Sya. Nous devons tous contribuer à sa préservation », insiste-t-il.

Au-delà de son rôle écologique, le Houet demeure aujourd’hui un symbole vivant de la mémoire collective de Bobo-Dioulasso. Un patrimoine qui continue de relier les générations, mais dont l’avenir dépend désormais de la capacité des populations et des institutions à le protéger face aux défis de la ville moderne.

Par la rédaction de GUIRIKO INFO

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