
Gondal. En langue bwamu, ce mot signifie « vivre ensemble ». Et c’est précisément ce que la Boucle du Mouhoun a choisi de crier haut et fort depuis le 4 juin 2026. Dans une région longtemps éprouvée par l’insécurité, la première édition du Festival Faso Gondal bat son plein à Dédougou, chef-lieu de la région.
Concerts, conférences, rue marchande, cross populaire : pendant plusieurs jours, des milliers de personnes convergent vers la place des Martyrs autour d’une même aspiration, simple et puissante. La paix.
« Gondal » : quand un mot en bwamu devient un programme politique et culturel

Le choix du nom n’est pas anodin. La langue bwamu est celle du peuple Bwa, l’un des peuples fondateurs de la Boucle du Mouhoun, réputé pour son art, sa résilience et ses traditions de cohésion communautaire. Choisir un mot bwamu pour nommer ce festival, c’est ancrer l’événement dans l’identité profonde de la région et rappeler que le vivre-ensemble n’est pas un concept importé. C’est une pratique ancestrale que la menace terroriste a tenté de briser, mais que les populations refusent de laisser mourir.
Sur la place des Martyrs dont le nom lui-même porte la mémoire des sacrifices consentis, la foule était noire de monde jusque tard dans la nuit. Des autorités aux simples citoyens, tous communiaient dans une ambiance qualifiée par les observateurs de « fraternelle et apaisée ». Dans cette région, ce mot « apaisée » a le goût d’une victoire.
Le ministre Sidibé, fils de la région et initiateur d’un acte de foi

C’est le ministre de la Construction de la Patrie, Mikaïlou Sidibé, originaire de la Boucle du Mouhoun, qui a porté cette initiative. Sa double casquette: homme d’État et fils du terroir donne à sa présence une dimension personnelle que les discours officiels peinent parfois à atteindre.
Il a d’abord rendu un hommage sincère et appuyé aux Forces de Défense et de Sécurité (FDS) et aux Volontaires pour la Défense de la Patrie (VDP), sans lesquels cette fête n’aurait pas été possible :
« C’est grâce à leur courage et à leurs sacrifices que nous pouvons être réunis aujourd’hui dans la paix et la sérénité. »
Puis il a posé la vision qui fonde ce festival. Une vision qui dépasse largement le divertissement :
« La culture n’est pas seulement un divertissement. Elle est une arme pacifique, une boussole qui nous guide dans les moments de doute, et un ciment qui renforce notre cohésion sociale. »
La reconquête par la culture : un message qui résonne bien au-delà de Dédougou

Dans un pays où la reconquête du territoire mobilise des milliers de soldats et de VDP, le Festival Faso Gondal rappelle une vérité que l’histoire africaine a souvent confirmée : on ne reconquiert pas durablement un territoire sans reconquérir les cœurs. Et les cœurs se reconquièrent par la culture, par la fête partagée, par les danses qui brisent l’isolement et les concerts qui font oublier, le temps d’une nuit, la menace.
Cette initiative locale, portée par des fils et filles de la région, prend dans ce contexte une dimension particulière. Elle dit aux populations de la Boucle du Mouhoun que leurs autorités croient assez en leur avenir pour investir dans leur joie. Elle dit aux terroristes que leurs tentatives de fragmenter le tissu social ont échoué.
Le programme complet de l’édition mêle délibérément les registres : des concerts pour la fête, des conférences pour la réflexion, une rue marchande pour l’économie locale et un cross populaire pour rassembler les corps autour d’un effort commun. Chaque activité est un morceau du puzzle du vivre-ensemble.
Dédougou se relève et elle invite tout le Burkina à en témoigner

Le Festival Faso Gondal doit se poursuivre jusqu’au 6 juin 2026. Les organisateurs espèrent en faire un rendez-vous annuel: un rendez-vous que la Boucle du Mouhoun et le Burkina Faso tout entier auraient tout intérêt à pérenniser.
Car ce que Dédougou est en train de vivre est rare et précieux. C’est une région autrefois meurtrie qui choisit de célébrer plutôt que de pleurer. De rassembler plutôt que de se disperser. De construire le vivre-ensemble plutôt que de subir la division.
Gondal. Vivre ensemble. Le Burkina Faso en a besoin maintenant plus que jamais.
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Source: DCRP/MCP

