
Il y a trente ans, El hadj Boukary Traoré transformait déjà le riz. Mais jamais, dit-il, il n’avait bénéficié d’un tel accompagnement. Cette phrase d’un homme du terrain dit mieux que n’importe quelle statistique ce que l’Initiative présidentielle pour la Production agricole et l’Autosuffisance alimentaire (IP-P3A) est en train de changer dans la filière rizicole burkinabè. Ce jeudi 30 avril 2026 à Bobo-Dioulasso, la Coordination de l’IP-P3A a remis 2 500 tonnes de riz à la Société nationale de Gestion du Stock de Sécurité alimentaire (SONAGESS). Derrière ce chiffre : une campagne 2025-2026 qui a produit 14 800 tonnes de riz sur le territoire national, un résultat qui rapproche le Burkina Faso de l’objectif qu’il s’est fixé : nourrir son peuple depuis ses propres terres.
14 800 tonnes produites, 2 500 reversées : les chiffres d’une campagne historique

Les chiffres de la campagne 2025-2026 de l’IP-P3A parlent d’eux-mêmes. Au total, 14 800 tonnes de riz ont été produites dans le cadre de cette initiative, un volume qui aurait été impensable sans la mobilisation coordonnée des producteurs, des rizeries et du Bureau national des Grands Projets du Burkina (BN-GPB).
Sur ces 14 800 tonnes, 2 500 tonnes ont été reversées à la SONAGESS, la structure chargée de gérer les stocks de sécurité alimentaire du pays. Un geste stratégique qui permet à cet organisme d’atteindre ses objectifs et de disposer de réserves suffisantes pour faire face aux aléas climatiques ou aux crises d’approvisionnement.
Le Directeur Exécutif du BN-GPB, Pr Hamidou SAWADOGO, l’a expliqué sans ambiguïté : c’est au regard du rôle régalien de la SONAGESS de soulager les populations que l’Initiative a consenti à céder cette part de sa production.
Le moteur financier : plus de 4 milliards FCFA mobilisés via la Banque postale

Derrière les tonnes de riz se cache un mécanisme de financement structurant. Les producteurs burkinabè ont bénéficié de l’accompagnement du BN-GPB sous financement de la Banque postale à hauteur de plus de 4 milliards de francs CFA. Une enveloppe significative qui a permis de reprendre plus de 14 000 tonnes de riz sur l’ensemble du territoire.
Cet accompagnement ne s’est pas limité à l’argent. L’IP-P3A a soutenu les producteurs à chaque étape de la chaîne de valeur : semences, engrais et labours ont été fournis en amont, avant même le premier coup de houe. Le résultat est là, mesurable, tangible, livrable.
17 usines, un réseau national : comment fonctionne le mécanisme des rizeries
Le cœur du dispositif repose sur un partenariat structuré avec 17 usines rizières réparties sur l’ensemble du territoire national, liées au BN-GPB par des conventions formelles. Le fonctionnement est simple et efficace.
Adama OUÉDRAOGO, Assistant du Coordonnateur national de l’IP-P3A, l’a expliqué avec précision :
« Quand une rizerie a un contrat avec le BN-GPB, l’ensemble des intrants qu’elle a pris est converti en riz blanc ou en riz étuvé, et c’est ce volume de riz qui est remboursé en contrepartie. »
Autrement dit : les rizeries reçoivent des intrants, transforment le paddy en riz consommable (blanc ou étuvé) et remboursent en nature. Un modèle vertueux qui garantit la traçabilité de la production et la qualité du produit final mis à disposition des populations.
Les trieuses optiques : du riz burkinabè compétitif sur les marchés national et international
L’accompagnement de l’IP-P3A ne s’est pas arrêté à la production brute. Les rizeries ont également été dotées de trieuses optiques, des machines qui permettent de sélectionner les grains avec une précision impossible à atteindre manuellement, garantissant un riz propre, uniforme et de haute qualité.
L’objectif est clair : rendre le riz burkinabè compétitif non seulement sur le marché national, mais aussi à l’international. Car la souveraineté alimentaire ne se construit pas seulement en produisant, elle se construit aussi en produisant bien, en produisant ce que les consommateurs choisissent d’acheter.
La voix la plus éloquente sur cette transformation vient du terrain. El hadj Boukary TRAORÉ, transformateur de riz depuis trois décennies, a confié son émotion avec des mots simples et vrais :
« Cela fait 30 ans que je fais ce travail et on n’a jamais eu cet accompagnement et le renforcement de nos capacités. La balle est dans notre camp aujourd’hui et nous devons travailler pour satisfaire les Burkinabè. »
Trente ans de métier. Et c’est aujourd’hui, pour la première fois, qu’il se sent vraiment soutenu.
La souveraineté alimentaire se construit, sac après sac
La remise de 2 500 tonnes de riz à la SONAGESS n’est pas un acte symbolique. C’est un acte concret de souveraineté alimentaire, celui d’un pays qui produit, qui stocke et qui distribue depuis ses propres ressources, avec ses propres producteurs et ses propres usines.
14 800 tonnes en une campagne. 17 rizeries mobilisées. 4 milliards investis. Des trieuses optiques dans les usines. Des semences dans les mains des producteurs. Et un transformateur qui travaille depuis 30 ans et qui, pour la première fois, se sent à la hauteur de son ambition.
Le Burkina Faso ne veut plus importer ce qu’il peut produire. Et il commence à en avoir les moyens.
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