
Il y a cent ans, un arrêté colonial créait la commune de Bobo-Dioulasso et lui donnait des noms de rues à l’image de ses fondateurs : européens, étrangers, imposés. Ce dimanche 26 avril 2026, à l’occasion du centenaire de la cité de Sya, un premier acte de réappropriation symbolique a été posé. Le Président de la Délégation spéciale communale, Laurent K. KONTOGOM, a procédé au rebaptême de deux grandes artères de la ville. L’ex-avenue Charles-de-Gaulle devient désormais l’avenue Capitaine Ibrahim Traoré. L’ex-avenue Châlons-en-Champagne devient l’avenue de l’Alliance des États du Sahel. Un acte politique, mémoriel et identitaire fort et ce n’est qu’un début.
Cent ans après sa création coloniale, Bobo reprend ses noms de rue
La commune de Bobo-Dioulasso a été créée le 4 décembre 1926 par arrêté colonial. Un siècle plus tard, la ville porte encore dans sa toponymie les traces de cette époque des noms de généraux français, de villes européennes, de figures dont l’histoire n’a rien à voir avec celle du peuple de Sya.
Laurent K. KONTOGOM n’a pas hésité à qualifier ce centenaire de moment « difficile mais utile ». Difficile, parce qu’il invite à regarder en face un passé colonial encore très présent dans les noms des rues que les Bobolais empruntent chaque jour. Utile, parce qu’il offre l’occasion de commencer à corriger cela en dotant la ville de repères en cohérence avec son histoire, ses valeurs et les idéaux portés par les peuples africains.
Les deux artères rebaptisées : leur tracé, leur nouveau nom, leur signification

Le premier rebaptême concerne l’ex-avenue Charles-de-Gaulle, l’une des artères les plus emblématiques de Bobo-Dioulasso. Longue voie qui relie le rond-point de la Place de la Nation à l’ouest au rond-point de la Place de la Femme à l’est, elle porte désormais le nom d’Avenue Capitaine Ibrahim Traoré.
Le second rebaptême transforme l’ex-avenue Châlons-en-Champagne, ville jumelée française qui donnait son nom à cet axe reliant le rond-point de la Place de la Femme au nord à celui du Cinquantenaire au sud en Avenue de l’Alliance des États du Sahel.
Deux artères. Deux ruptures symboliques. D’un côté, une figure française qui laisse place à un jeune leader africain vivant, incarnant la souveraineté et l’engagement patriotique. De l’autre, un lien avec une ville européenne qui cède la place à un projet continental africain en construction. Le message est lisible sur les murs de la ville.
« Un symbole d’éveil des consciences » : ce que dit Laurent K. Kontogom

Pour le Président de la Délégation spéciale communale, ce rebaptême n’est pas un acte de haine. C’est un acte de clarification mémorielle. Il l’a dit lui-même : il ne s’agit pas de nier la place de ces figures dans l’histoire mondiale, mais de mettre davantage en lumière des repères issus du continent africain.
Le Capitaine Ibrahim Traoré, selon lui, apparaît comme « un symbole d’éveil des consciences, de responsabilité historique et d’engagement pour la souveraineté des peuples ». Lui donner le nom d’une rue au cœur de Bobo-Dioulasso, c’est inscrire dans le béton et les plaques de signalisation une vision de l’Afrique qui se regarde elle-même sans complexe et sans amnésie.
La cérémonie s’est déroulée en présence du ministre d’État Émile Zerbo et du ministre des Affaires étrangères Karamoko Jean Marie Traoré, soulignant l’importance institutionnelle accordée à cet acte.
Ce n’est qu’un début : d’autres rues vont changer de nom
Laurent K. KONTOGOM l’a annoncé clairement : ce double rebaptême n’est pas un acte isolé. Il marque le début d’un vaste processus de valorisation de nouvelles références historiques et panafricaines dans la ville.
D’autres changements de dénomination interviendront dans les prochains jours et semaines, afin de doter progressivement Bobo-Dioulasso d’une toponymie en cohérence avec sa propre histoire celle d’une cité millénaire, d’un carrefour de civilisations, d’un peuple qui a ses propres héros, ses propres repères et ses propres valeurs à honorer.
Quels noms, quelles figures, quels lieux seront concernés ? La réponse est attendue et elle dira beaucoup sur la vision que la commune entend porter pour sa ville dans ce deuxième siècle d’existence municipale.
Une ville qui reprend possession d’elle-même

Le rebaptême des avenues Charles-de-Gaulle et Châlons-en-Champagne n’est pas un détail administratif. C’est un acte de souveraineté culturelle et mémorielle, une ville qui décide, à cent ans de sa création imposée, de choisir ses propres repères.
Bobo-Dioulasso entre dans son deuxième siècle en regardant vers l’Afrique, vers ses propres figures, ses propres alliances, ses propres valeurs. La rue, cet espace public que tous partagent, devient le support d’une identité retrouvée.
Ce processus ne fait que commencer. Et il vaut la peine d’être suivi, rue après rue.
📌 Suivez notre couverture du centenaire de Bobo-Dioulasso et du processus de réappropriation de la toponymie urbaine dans la cité de Sya.

