
Douze mille deux cents tonnes de poissons. Produites non pas dans l’océan, mais dans les eaux intérieures d’un barrage du Guiriko. Ce chiffre, dévoilé le 16 avril 2026 lors de la 7e assemblée générale du Comité de gestion du Périmètre halieutique de Samendéni, dit quelque chose d’essentiel sur la capacité du Burkina Faso à nourrir sa population depuis ses propres ressources. Dans un contexte de pression sécuritaire sur les importations alimentaires, le plan d’eau de Samendéni est devenu un levier stratégique de la souveraineté alimentaire nationale et ses résultats 2024-2025 en sont la démonstration la plus concrète.
Samendéni : un plan d’eau stratégique au cœur du dispositif alimentaire burkinabè
Le Périmètre halieutique d’intérêt économique (PHIE) de Samendéni est l’une des dix unités de cogestion halieutique du Burkina Faso. Situé dans la région du Guiriko, il exploite les ressources aquatiques du barrage de Samendéni l’un des plus importants ouvrages hydrauliques du pays.
Sa gestion repose sur un principe de cogestion participative : le Comité de gestion (COGES), présidé par la Gouverneure de la région du Guiriko, Mariana KONATE/GNANOU, réunit pêcheurs, autorités administratives et services techniques pour piloter ensemble l’exploitation durable de la ressource. Chaque année, une assemblée générale fait le bilan et trace les orientations pour l’exercice suivant.
Les chiffres 2024-2025 : une production record portée par les cages flottantes
Les résultats présentés lors de cette 7e session sont parlants. Sur la période 2024-2025, le PHIE de Samendéni a enregistré deux types de production complémentaires.
La pêche de capture pêche traditionnelle dans les eaux libres du plan d’eau a produit 658,216 tonnes de poissons. Un résultat solide, qui atteste de la richesse halieutique du barrage.
Mais le chiffre le plus remarquable vient de la pisciculture en cages flottantes : 12 206 tonnes de poissons produites dans le cadre de l’Offensive agropastorale et halieutique 2023-2025 le programme national lancé pour accélérer la production alimentaire locale et réduire la dépendance aux importations. Ce résultat exceptionnel place Samendéni parmi les sites piscicoles les plus performants du pays.
Sur le plan de la gestion, les taux d’exécution témoignent d’une organisation rigoureuse : 72,70 % d’exécution physique et 74,17 % d’exécution financière pour l’année 2025.
Permis, licences et police de l’eau : encadrer pour préserver
Pour que la ressource dure, encore faut-il l’encadrer. En 2025, le PHIE de Samendéni a délivré plusieurs centaines de titres d’exploitation répartis en différentes catégories : 210 permis A pour la pêche professionnelle, 6 permis A spécifiques à la pêche sportive, 115 licences M2 et 24 licences T pour les différents types d’acteurs de la filière.
Par ailleurs, une opération de police de grande envergure a été conduite sur le plan d’eau pour lutter contre la pêche illégale, protéger les zones de frai et garantir que les règles de gestion durable sont respectées par tous les opérateurs.
Cinq recommandations pour préserver la ressource et moderniser la gestion
L’assemblée générale n’a pas seulement fait le bilan. Elle a formulé cinq recommandations concrètes pour les années à venir, dont certaines méritent une attention particulière.
La plus structurante est la suspension temporaire de la pêche pendant deux mois (du 1er août au 30 septembre) sur une période de trois ans. L’objectif est de permettre la reconstitution naturelle des stocks halieutiques, une mesure de gestion durable indispensable pour éviter la surexploitation du plan d’eau. Durant cette période de fermeture, la pêche en aval du déversoir pourrait être autorisée, après concertation avec les acteurs concernés.
L’assemblée recommande également la réquisition du personnel forestier des communes riveraines pour renforcer la police piscicole, un appel à la coopération interservices pour sécuriser la ressource.
Pour faciliter l’approvisionnement des marchés locaux durant la période de suspension, l’assemblée suggère d’autoriser la libre circulation du poisson en provenance d’autres pêcheries. Enfin, la mise en place d’une plateforme numérique dédiée aux membres du COGES est recommandée pour améliorer la coordination et la communication au sein de l’instance de gestion.
Samendéni, symbole d’une pisciculture nationale en marche
Les 12 206 tonnes de poissons produites en cages flottantes à Samendéni ne sont pas seulement un chiffre de performance. Elles sont le symbole d’une ambition nationale : faire du Burkina Faso un pays capable de nourrir ses populations depuis ses propres eaux, ses propres terres et ses propres ressources.
L’Offensive agropastorale et halieutique 2023-2025 a montré que c’est possible. Les recommandations de l’assemblée générale du 16 avril tracent la voie pour que cette dynamique se poursuive et s’amplifie en 2026. Samendéni a prouvé que la souveraineté alimentaire se construit aussi au bord d’un barrage, cage flottante après cage flottante.
📌 Suivez notre couverture des initiatives de souveraineté alimentaire et de développement halieutique au Burkina Faso.

