Assise derrière son étal, Yargnan Belemou vend des arachides. Elle en vend depuis plus de trente ans. Un commerce modeste, mais qui lui a permis, au fil des années, de faire face à des responsabilités bien plus grandes que la taille de son étal.
Son histoire commence bien avant les arachides. À 15 ans, après une enfance passée entre sa mère, son grand-père et son père, elle arrive à Bobo-Dioulasso. Elle travaille comme aide-ménagère et perçoit 3 000 francs CFA par mois. Son salaire augmente progressivement jusqu’à 5 000 francs. Elle ne dépense pas tout ce qu’elle gagne.
Avec ses économies, elle achète notamment du mil pour son père. Plus tard, elle réussit même à lui offrir un vélo. Un geste dont son père gardera une profonde reconnaissance jusqu’à ses derniers jours.
Quand l’arachide devient le moyen de tenir

Après son mariage, Yargnan devient mère de deux enfants. Le décès de son mari la laisse seule face à leur prise en charge. Il faut alors trouver de quoi manger, payer le loyer et surtout permettre aux enfants d’aller à l’école.
C’est dans ce contexte qu’elle s’appuie sur la vente d’arachides. Chaque recette est calculée. Lorsqu’elle inscrit ses deux enfants à l’école, elle négocie avec le directeur pour payer 1 000 francs CFA par mois pour les deux.
« J’économisais pour payer les 1 000 francs par mois et payer la nourriture avec le reste de mes économies », raconte-t-elle.
La scolarité ne pourra cependant pas aller aussi loin qu’elle l’aurait souhaité. Sa fille obtient le CEP, mais les moyens manquent pour poursuivre ses études. Elle l’oriente alors vers la couture. Son fils, qui n’obtient pas le CEP, apprend la tapisserie.
Des choix dictés moins par les ambitions que par les moyens disponibles.
Des enfants devenus à leur tour un soutien

Les années passent. La fille devient couturière et dispose aujourd’hui de ses propres machines. Le fils quitte son patron et ouvre son propre atelier de tapisserie.
La relation s’est progressivement inversée. Ceux que Yargnan cherchait autrefois à nourrir et à scolariser participent désormais à ses besoins.
« Ma fille, lorsqu’elle gagne du savon, elle m’en apporte. Lorsqu’elle a un peu de nourriture, elle nous en apporte. Mon fils se débrouille avec moi tout doucement », explique-t-elle.
Pour cette famille, l’entraide est devenue une manière de tenir ensemble.
Retrouver sa mère et lui rendre à son tour ce qu’elle peut
Mais l’histoire de Belemou ne s’arrête pas à ses enfants. Après onze années sans voir sa mère, elle entreprend des démarches pour la retrouver. Lorsqu’elle la retrouve, celle-ci vit dans une grande précarité.

Yargnan décide alors de l’aider avec les moyens dont elle dispose. Elle lui apporte des vêtements, de la nourriture, des ustensiles et lui construit même une petite case. Encore aujourd’hui, elle met de côté une partie de ce qu’elle gagne pour lui apporter de quoi manger.
Cette fois, c’est elle qui prend soin de celle qui lui a donné la vie.
À travers son récit, Yargnan ne présente pas son parcours comme une réussite exceptionnelle. Elle parle plutôt d’une succession de difficultés auxquelles il fallait trouver, chaque fois, une réponse avec les moyens du moment.

Aujourd’hui, elle continue de vendre ses arachides. Son fils et sa famille vivent avec elle et contribuent aux dépenses du quotidien. Sa fille apporte également sa part lorsque ses activités le permettent.
« La souffrance s’est apaisée. De nos jours, nous nous nourrissons mutuellement. Ça va de mieux en mieux », dit-elle.
Son étal n’a rien de spectaculaire. Pourtant, depuis plus de trente ans, ces quelques arachides ont accompagné une grande partie de sa vie : nourrir ses enfants, les orienter vers un métier, soutenir son père, retrouver sa mère et continuer, malgré l’âge, à faire tourner le quotidien.
À Bobo-Dioulasso, l’histoire de Yargnan Belemou rappelle ainsi une réalité souvent peu visible : derrière certains petits commerces de quartier se construisent, jour après jour, des stratégies de survie et de solidarité qui font vivre des familles.
LA RÉDACTION

